Droit de vote des étrangers : le PS en a rêvé, Sarkozy et Besson vont le faire !
Certains à l’UMP le présentent avec embarras comme une erreur ou un mot de trop d’Eric Besson, mais c’est bien avec l’aval de l’Elysée que le vieux serpent de mer socialiste du droit de vote des étrangers a fait irruption ces derniers jours dans le débat politique français.
Dès le 26 décembre dernier, Le Parisien(1) révélait que Nicolas Sarkozy préparait pour la mi-janvier une « surprise » censée éclipser le fiasco du débat sur l’identité nationale et « envoyer des signaux d’apaisement à la communauté musulmane »… Cette orientation stratégique s’est vérifiée en fin d’année avec le désaveu dont a fait les frais l’ancien Garde des Sceaux Pascal Clément de la part de l’Elysée après avoir « osé » dire qu’une France où il y aurait plus de minarets que de clochers ne serait plus la France. Selon les mêmes sources, il serait question de recadrer le débat en proposant, à terme, le vote des étrangers aux élections municipales, ce qu’Eric Besson a fait dans son livre Pour la nation en s’attribuant, dans un premier temps, la paternité de ce pavé dans la mare. Depuis la parution de l’ouvrage la semaine dernière, le ministre n’a pas hésité à faire connaître « son » idée sur les plateaux télévisés, au point d’ailleurs d’en susciter la reprise par Martine Aubry, qui vient d’annoncer l’intention du PS de déposer une nouvelle proposition de loi sur ce sujet, comme la gauche l’avait déjà fait sans succès en 2000 et en 2002… Qui aurait imaginé qu’à l’heure où le débat sur l’identité nationale réveille bien malgré lui la fibre patriotique de centaines de milliers d’électeurs au détriment de l’UMP, le Président de la République oserait en rajouter une couche en suggérant une réforme que beaucoup qualifient par anticipation de suicide politique pour sa majorité ?
La question est en réalité plus complexe qu’on ne l’imagine. Si l’immense majorité des électeurs de l’UMP répugne encore à l’idée que soit légalisé le droit de vote des étrangers aux élections locales, il n’est pas certain que cette proposition suffise à dissuader le noyau dur des convaincus (ils sont entre 20 et 30 %), qui ne lui avaient pas beaucoup reproché la suppression de la double-peine ou ses déclarations hostiles à l’immigration-zéro en 2006, pour ne citer que ces exemples. Pour tous les autres, le débat sur l’identité nationale avait pour mission de déterminer la capacité de Nicolas Sarkozy à ramener à lui cet électorat populaire, souvent proche du FN, qui lui avait fait confiance en 2007. La réponse est claire : il s’en est durablement éloigné, comme en attestent la plupart des enquêtes d’opinion commandées par l’Elysée, en dépit des dénégations gênées d’Eric Besson, qui feint de croire que le FN ne remonte pas, contrairement aux membres du gouvernement et aux députés UMP qui se répandent en prophéties catastrophistes dans la perspective des élections régionales…
A l’heure où la candidature de Dominique Strauss-Kahn est de plus en plus crédible pour 2012, Nicolas Sarkozy (qui préfèrerait affronter Ségolène Royal ou Martine Aubry) doit composer avec une situation politique sensiblement différente de ce qu’elle était il y a 3 ans. Avec un Front National ragaillardi et une majorité profondément divisée qui croit de moins en moins en ses chances de réélection (même François Fillon serait prêt à se porter candidat selon certains observateurs), il n’a plus d’autre choix que d’aller chercher des voix à gauche en poursuivant l’ouverture et en chassant sur ses terres. Le vote des étrangers, que Sarkozy n’a cessé de défendre depuis 2005(2) et programmé pour la fin de son mandat, pourrait lui permettre de conquérir rapidement et sans efforts un nouvel électorat sans doute moins séduit par les socialistes qu’il ne le fut naguère, comme a pu le démontrer la percée électorale de l’UMP dans certaines villes de banlieue depuis une dizaine d’années. C’est tout l’enjeu du débat sur la « diversité », destiné en réalité à compenser électoralement la fuite massive de l’électorat « de souche » dégoûté par la politique actuelle.
En désertant progressivement le terrain d’une droite traditionnelle dont il a longtemps pensé qu’elle lui était acquise, Nicolas Sarkozy est en train de montrer aux Français que le Front National est le dernier rempart face à la submersion migratoire totale engendrée à parts égales par l’UMP et le PS. Un phénomène dont les stratèges de l’Elysée sont bien conscients puisqu’ils disent craindre que la polémique autour du vote des étrangers lui profite, tout en admettant qu’il est désormais trop tard pour courir après son électorat et qu’il s’agit donc d’un mal pour un bien. Insuffisant bien sûr pour redresser la barre à l’UMP à quelques semaines des régionales mais pour le parti présidentiel à vrai dire, l’enjeu n’est même plus de sauver les apparences.
Pierre Cheynet
http://www.national-blog.com/dotclear-1.2.8/dotclear/index.php
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1. Le Parisien, édition numérique du 26/12/2009
http://www.leparisien.fr/politique/sarkozy-prepare-des-surprises-26-12-2009-756754.php
2. JT 20 heures de France 2, 25/10/2005 (Document INA.fr)
http://www.ina.fr/politique/presidents-de-la-republique/video/2950820001016/droit-de-vote-des-etrangers.fr.html
Posted: janvier 13th, 2010 under Articles, Général.
Comments: 1
Commentaires
Comment de
Gérard
Heure :
janvier 16, 2010 ,
10:35
Ce n’est pas Audiard qui disait ?
» Les cons ça osent tout… C’est même à ça qu’on les reconnait ! «
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