Lettre ouverte à Carl Lang
Cluses, le 19 novembre 2008
Carl,
Il m’a fallu quatre jours pour décolérer, pour réfléchir, et enfin t’écrire, certes par média interposé, mais je suis sûr que tu me liras.
Écrire plus tôt aurait été malvenu. Je me connais, tu me connais, j’aurais pu sombrer dans l’insulte, dans le n’importe quoi, et j’ai, j’avais trop de respect pour toi, celui qui incarnait la fidélité, l’honneur, au service des convictions que nous défendons depuis tant d’années.
Je me souviens de nous le 5 décembre 1998. J’arrivais à la Maison de la Chimie au petit matin, après une nuit passée dans le train depuis ma Haute-Savoie. Secrétaire départemental depuis 2 ans seulement, je recherchais des réponses et un soutien. On s’est retrouvé par hasard, et nous avons pris un petit-déjeuner, toi, moi et Martial Bild. Ta position était claire : défendre, quoi qu’il arrive, quoi qu’il en coûte, le Front National et son Chef, Jean-Marie Le Pen. C’était simple et efficace, avec ta fameuse devise : « Tu dois tout au FN, le FN ne te doit rien ». Je suis resté là-dessus, et j’ai essayé, j’essaie encore de l’appliquer en toutes circonstances.
Depuis, le temps a passé. Je t’ai vu t’éloigner, petit à petit, mais sûrement. D’abord du Secrétariat général dont tu as démissionné, puis du Bureau exécutif, du Bureau politique auxquels tu ne participais plus, et l’année dernière du Congrès où l’on ne t’a pas vu, renonçant même à te présenter au Comité Central.
Naïvement, je me disais que tu étais las du combat en première ligne, et trouvais cela légitime : tu as tant donné. Je pensais que tu te concentrais dorénavant sur tes mandats, les mandats que t’ont confiés le Front National et ses électeurs. Au mois de mars dernier, d’ailleurs, tu ne t’es présenté à aucune élection. Pas vu non plus à notre UDT d’Évian, chez moi, en Haute-Savoie ! Je n’ai même pas imaginé un instant qu’il s’agissait de l’expression d’un certain dédain pour nos militants. Et pourtant ! Pourquoi pas, c’est un choix, ton choix. Tu le sais bien, cependant, que la nature a horreur du vite.
Mais durant ces quatre dernières années, le combat a continué, et plus durement que jamais.
Tu croyais quoi ? Que les choses se feraient toutes seules, et que personne ne s’en soucierait ! Heureusement que Le Pen a tenu, heureusement qu’Alliot s’est battu, heureusement que Marine s’est investie et révélée, heureusement que Gollnisch a continué à labourer les hémicycles comme nos provinces. Et les autres, Carl, tous les autres les militants, les cadres territoriaux, les élus, tu y penses, Carl ! T’en souviens-tu seulement ?
Et maintenant, après quatre ans de chaise vide, tu resurgis, tu rejaillis. À la Commission d’investiture du 17 octobre dernier, tu n’es resté que sept minutes, refusant tout débat, refusant même de t’assoir, affirmant qu’il s’agissait d’une mascarade. Merci pour les membres de cette Commission qui sont pourtant tes pairs.
Je t’ai appelé deux fois au téléphone depuis. À chaque fois tu m’as affirmé que tu ne trahirais pas, que tu ne rejoindrais pas le MPF ou autres, que tu ne nuirais pas au Front National. C’est gagné ! À part me dire du mal des « Le Pen », tes arguments étaient bien faibles. Ils auraient trahi nos fondamentaux, selon toi. Raconte ça à l’UMP, au MPF, au CNI…, à la Presse…, mais pas à moi, pas à nous, pas aux militants ! Plus c’est gros, plus ça passe ? Non, Carl, la ficelle est trop grosse ! Il y a d’autres raisons, mais lesquelles, Carl ?
Tu en es réduit à cracher dans la soupe, et tu prends la tête d’une armée mexicaine où l’on ne retrouve que des cadres déçus… , déçus que ça n’aille pas assez vite. Curieux, c’était le même argument, il y a dix ans : ça n’allait pas assez vite…, « Avec moi, vous ferez 30 % » !
Désolé, Carl, je ne peux pas te comprendre ? Au contraire, je ne peux que condamner ton attitude et réfuter tous tes arguments, au nom de ce que, toi, tu m’as enseigné. J’ai trop de respect pour les millions d’électeurs qui nous ont fait confiance, et qui nous ont confié des mandats pour que l’on puisse les défendre, défendre leur avenir, et celui de leur enfants.
Carl, je t’en prie, essaie de t’en souvenir, et reviens à la raison.
Je suis déçu, Carl, très déçu ! Non, Carl ! Pas toi !
Dominique Martin
Secrétaire national à l’animation des Fédérations et à l’organisation interne
Secrétaire régional Rhône-Alpes
Secrétaire départemental de la Haute-Savoie
Membre de la Commission d’investiture
Membre du Comité central
Flamme d’honneur
Conseiller régional FN Rhône-Alpes depuis 1992
Conseiller municipal FN de Cluses depuis 1989
Posted: novembre 19th, 2008 under Communiqués, Général.
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