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DÉVELOPPEMENT MAÎTRISÉ DE L’APPRENTISSAGE (Région Rhône-Alpes - avril 2008)

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Monsieur le Président, chers Collègues,

Je suis heureux qu’un débat sur les formations continues ait lieu en Assemblée Plénière, car voilà près d’un an et demi que cela ne s’était pas passé. En effet, notre dernier débat en la matière remonte à novembre 2006, il y a 17 mois. À croire que ce n’était plus une priorité pour vous, impression d’autant plus forte que l’on retrouve à présent, de façon transversale, comme vous dites, des dépenses de formations continues dans chacune de nos commissions thématiques, nous donnant ainsi la terrible impression que vous cachez les miettes sous le tapis, ne sachant par quel bout aborder le problème, bien qu’il s’agisse là d’une de nos compétences majeures dotée d’un budget considérable, le troisième après les transports et la formation initiale.

Vous revenez aujourd’hui sur « le développement maîtrisé de l’apprentissage », projet présenté il y a 3 ans déjà, le 7 avril 2005, pour confirmer vos objectifs et nous présenter l’adaptation des modalités d’intervention de la Région.

Monsieur Le Président, chers Collègues,

Reconnaissons que la démarche est honnête.

Honnête, d’une part, parce que vous admettez enfin que l’apprentissage est efficace, et je vous cite :
« En effet, toutes les données montrent que cette voie de formation, jusqu’alors peu considérée, donne aux jeunes une qualification reconnue par les entreprises et favorise leur insertion professionnelle réussie. »
ce que le Front National vous claironne depuis des décennies.

Honnête, d’autre part, parce que vous admettez également que les moyens financiers mobilisables sont insuffisants, et je vous cite à nouveau :
« Le succès de cette politique au plan quantitatif et qualitatif risque toutefois d’être rapidement confronté à un problème global de financement qu’il convient d’anticiper. »

Nous y voilà : vous semblez découvrir enfin que l’argent est le nerf de la guerre, et, qu’avant de le dépenser, il faut le gagner : pour des idéologues, bel effort de pragmatisme…

La faute à qui selon vous ?

  • À l’État, bien sûr ! Mais ce n’est pas nouveau, et vous le savez comme nous, la décentralisation tant appréciée par votre famille politique n’est en réalité qu’un transfert de charge. Gouverner, c’est prévoir, et vous n’avez rien prévu depuis 2004 que vous êtes aux affaires !

La faute à qui aussi ?

  • Aux entreprises, bien entendu ! Aux entreprises parce que, je vous cite : « La structure de la taxe d’apprentissage et de la contribution au développement de l’apprentissage assise sur les salaires, laisse craindre, compte tenu de la conjoncture économique, un plafonnement de cette ressource ».

Et pourtant, ce sont les entreprises qui sont le plus gros contributeur de la formation professionnelle avec près de 41 % des crédits apportés.

Alors, pour remédier à ce grave problème, vous nous proposez 14 mesures ciblant 4 priorités :

1) L’adaptation des modalités de détermination de la subvention de fonctionnement au CFA.
Pourquoi pas ?
2) La meilleure prise en compte de l’effort de formations des employeurs d’apprentis.
Pourquoi pas ?
3) La meilleure prise en compte des conditions de vie et de formation des apprentis.
Pourquoi pas ?
4) La clarification du financement de l’investissement dans les CFA.
Pourquoi pas ?

14 mesures en donnant délégation pour chaque priorité à la Commission Permanente pour les modalités d’application, ce qui en dit long sur la pertinence de vos choix et de votre détermination.

En gros, comme tout système socialiste, vous décrétez encore plus de conventions, encore plus de règles, encore plus de contrôle, réduisant ainsi tout esprit d’initiative.

Monsieur Le Président, Chers Collègues,

C’est exactement l’inverse qu’il faudrait faire. Puisqu’il s’agit de la formation aux métiers, rendez l’initiative et la liberté aux entreprises pour gérer la transmission de leurs savoir-faire.

Vous auriez dû être attentif à ce que nous vous avions dit il y a 2 ans, je vous le rappelle :

Si les moyens sont là, si les structures sont au rendez-vous, votre volonté socialiste de vouloir tout égaliser va casser la dynamique, déjà bien faible, des CFA et des entreprises en faveur de l’apprentissage.

Comme l’Exécutif en a fait le constat, il y a deux sortes de CFA : ceux qui bénéficient directement du versement de  la taxe d’apprentissage par les entreprises, et ceux qui n’ont que la subvention régionale.

Les premiers, volontaires, travaillent en synergie avec les employeurs afin de former les salariés dont ils ont besoin. Ce faisant ils récoltent leur taxe d’apprentissage et bénéficient ainsi d’un budget confortable leur permettant d’investir sans cesse dans des matériels, parfois onéreux, et dans la qualité des formations transmises. Aussi, les entreprises, profitant du retour sur investissement, prennent bien volontiers des stagiaires en alternance, assurant ainsi le renouvellement normal de leurs salariés.

Les seconds, passifs, ne cherchent pas la performance, et se contentent de gérer des flux, et ce de façon médiocre. Il est évident que les employeurs concernés ne sont pas motivés, ni pour verser leur taxe, ni pour prendre en charge des stagiaires.

Pour résoudre ce qui vous paraît être une inégalité, vous avez trouvé la solution, et vous nous l’annoncer.

Si globalement l’aide aux CFA va progresser, l’aide aux entreprises stagne, même si elle change de nom, l’ICF (Indemnité Compensatrice Forfaitaire) devenant l’AEA (Aides aux Employeurs et aux Apprentis).

Le grand changement vient de votre volonté affirmée de maîtriser le reversement de la taxe d’apprentissage. À terme il ne sera plus question aux entreprises de choisir leur CFA.

En clair, Chers Collègues, cela signifie que les CFA auront un budget identique, qu’ils collectent ou pas de la taxe d’apprentissage, qu’ils soient performants ou pas.

Une fois encore l’idéologie socialiste favorise la médiocrité au détriment du mérite et de l’effort.

Dans ces conditions, peut-on croire sincèrement que les entreprises, déjà soumises à d’énormes contraintes réglementaires pour accueillir des stagiaires, vont en multiplier le nombre par 1,6, alors qu’elles sont en difficulté financière, qu’elles débauchent, et qu’elles n’auront plus de liens privilégiés avec leur CFA.

Depuis près de cinquante ans, l’Éducation Nationale considère la formation aux métiers comme un enseignement de seconde zone réservé aux enfants dits en « échec scolaire ». Et les familles tombent dans le leurre du bac facile, et des études supérieures pour tous. L’expérience montre pourtant que l’on accède plus facilement à un métier par l’apprentissage, alors que les diplômés gonflent les chiffres de l’ANPE.

Il devient urgent de revaloriser la formation aux métiers et ce, dès l’entrée dans le second cycle : apprendre un métier dès l’âge de 14 ans, c’est l’assurance d’avoir un emploi avant l’âge de 20 ans. Transmettre un savoir-faire, un métier, est aussi utile à la société que de former des professeurs et des chercheurs. Grâce à l’apprentissage, certains enfants motivés, intéressés et reconnus, parviennent au statut d’ingénieur.

Pour réussir, il nous faudrait :

  • Mettre l’entreprise au centre de tout dispositif, et lui donner les moyens de transmettre ses savoir-faire.
  • Mettre à égalité de moyens, apprentissage et scolarité.
  • Mettre à égalité de reconnaissance, formation aux métiers et filières « diplômantes ».

Je ferme les guillemets, et, Monsieur le Président, chers collègues, je vous remercie de votre (aimable) attention.

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